Construire une maison en paille sans ossature bois Cela peut étonner... mais il est possible de construire des maisons en bottes de paille sans aucune autre structure ou support pour porter le poids de la toiture. Les maisons en paille les plus vieilles au monde ont été construites ainsi, au Nebraska, à la fin du XIXème siècle. Depuis lors, cette méthode de construction, où les bottes de paille, empilées en quinconce portent la toiture, est appelée la technique « Nebraska » ou « murs porteurs ». Il faut savoir qu’il y avait très peu de bois et d’argile dans cette région des Grandes Plaines. Les pionniers ne pouvaient donc pas construire, en bois, terre et paille, selon leurs habitudes. Les hivers rigoureux, le manque de matériaux de construction et la disponibilité de ce nouveau produit (la paille bottelée) les ont donc incités à innover et mettre au point une technique très efficace, adaptée à la situation locale. Il était alors encore commun de réunir tous ses voisins et cousins pour bâtir ensemble (rapidement), avec ce qu’on appellerait aujourd’hui « de la main d’oeuvre non qualifiée ». Une méthode toujours vivace Aujourd’hui, la plupart des maisons en paille sont construites avec une structure en bois car ce squelette permet de construire d’abord le toit et de contreventer la structure de façon à ce que les murs ne risquent pas de se coucher. Les bottes de paille, plutôt considérées comme simple isolant et surface d’accroche pour l’enduit, peuvent ainsi être mises en place sous abri. Cette méthode donne également plus de liberté architecturale et la tenue de la structure est facile à calculer (par le charpentier ou le bureau d’étude). Cela dit, la construction en murs porteurs est toujours pratiquée car elle aussi a ses avantages. Comme le dit Barbara Jones d’Amazon dans son livre « Building with straw bales » : « ... Cette méthode de construction est la plus simple et la plus plaisante. Elle nécessite peu de savoir faire... et est très accessible... La réalisation d’un travail en équipe est une des principales différences entre cette méthode de construction et toutes les autres. »

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Légende : Cette adaptation d’une image du livre de Barbara Jones « Building with straw bales » est extraite du livre « Bâtir en Paille » d’André de Bouter La construction d’un mur porteur Les bottes sont posées sur la lisse basse qui est elle-même fixée sur le soubassement ; une barrière d’étanchéité est placée entre les bottes et la maçonnerie afin de protéger la paille contre l’humidité du sol. Sur le schéma, la bâche imperméable est posée de façon à ce que le soubassement puisse être drainé. Les bottes sont montées à joints décalés (comme les grosses briques) et on accorde une attention particulière aux angles, comme autrefois pour la construction en moellons. Le but est de créer une bonne liaison entre les différents murs en croisant les bottes de paille dans les coins. Le "Esserhof" de Norbert & Barbara à Lana, Suisse, 2006. Quatre gîtes en grosses bottes réalisés par l’équipe d’architectes Werner Schmidt & Margaretha Schwarz. Un mariage réussi du moderne et du naturel. Un design simple, efficace et luxueux à la fois. Sur le mur en bottes de paille, on place une sablière (ou chaînage) qui améliore encore la stabilité du bâtiment : avant que la sablière ne soit posée, les murs bougent encore beaucoup. Ensuite, la sablière est fixée aux fondations pour que le toit ne s’envole pas, en cas de grand vent. Sur le schéma, des « broches » en noisetier, font aussi office de corset. C’est une alternative plus laborieuse que les petites sangles souvent utilisées, mais elle a l’avantage de donner plus de rigidité au mur. Sur ce chaînage, on pose la charpente de façon à ce que les charges soient bien réparties. Ensuite les murs seront compressés par le poids de la toiture et il faudra attendre que ce tassement s’arrête avant de pouvoir enduire. Normalement il s’agit de quelques semaines. Ensuite, après avoir « rasé » les murs pour garantir une bonne accroche, on applique trois couches d’enduit. Tout le monde ne peut (ou ne veut) attendre plusieurs semaines et aujourd’hui on utilise souvent des systèmes de pré-compression, permettant de commencer à enduire tout suite après la réalisation du mur. Quelques variantes L’avantage technique indéniable des murs porteurs est d’éviter le « conflit » entre l’isolant et la structure (les poteaux, et surtout, le contreventement). Avec ce système, l’isolant EST la structure. Une solution hybride se développe en ce moment avec des poteaux un peu moins hauts que le mur en paille. Placés de chaque côté des ouvertures, ils facilitent leur pose. Après le montage des murs en paille, la sablière est appuyée en force sur ces poteaux par un système de pré-compression (tiges filetées par exemple). De plus en plus de murs porteurs sont réalisés avec des grosses bottes. Les murs étant plus épais, ils sont encore plus isolants et peuvent prétendre à la construction de maisons passives. Pour un mur de paille de 80 cm d’épaisseur, la résistance thermique (R) est estimée à 10 ; pour un mur de paille de 40 cm, à 6. En comparaison, un monomur terre cuite possède une valeur R = 3. Ces « big bales », comme on les appelle aussi, sont plus larges, mais aussi d’une densité plus élevée que leurs petites soeurs (dites « de moyenne densité ») et permettent des murs plus solides. L’architecte Werner Schmidt** en Suisse, construit cette année une maison de 3 étages en murs porteurs avec ces grosses bottes. Elles nécessitent une grue ou un chariot élévateur, l’auto-construction fait plus souvent appel aux petites bottes. Une autre idée ingénieuse et originale vient du Danemark où le toit est parfois construit sur des cales posées... par terre ! C’est bien plus simple, rapide et moins dangereux que de travailler en hauteur. Quand les murs et la toiture sont tous les deux prêts, ce « chapeau » est hissé sur les murs par une grue. C’est vrai, la construction des murs porteurs est un savoir-faire que tout le monde, ou presque, peut s’approprier. Ceci dit, il est toujours conseillé, avant de lancer la construction de son château de rêve, de bien se former, de s’entraîner en construisant un petit bâtiment (genre abri de jardin/garage) et aussi de se faire entourer par des professionnels quand l’ampleur et la technicité du projet dépassent ses capacités. Et comme prévient un slogan d’Amazon Nails : « Attention ! La construction en bottes de paille (porteuses) peut complètement transformer votre vie. Et cela peut être très plaisant ! »

Avantages et inconvénients de la construction en murs porteurs

Avantages :

  • Une méthode de construction simple et accessible
  • Facile à concevoir par les non professionnels en suivant des règles de base abordables.
  • Possibilité de conceptions variées, depuis la maisonnette jusqu’à la maison avec étage (2), en suivant une approche « étape par étape » simple.
  • Courbes et arrondis sont faciles à obtenir avec peu de dépenses supplémentaires.
  • Idéale pour les auto-constructeurs par sa simplicité, sa facilité de conception, son accessibilité et son faible prix.
  • La paille permet une grande souplesse et les erreurs peuvent être rectifiées pendant la construction.
  • De nombreuses formes architecturales sont possibles
  • C’est rapide !

Inconvénients :

  • La paille doit être gardée au sec pendant toute la durée de la construction jusqu’à ce qu’elle soit recouverte d’enduit. Cela peut s’avérer très difficile pendant la construction d’un grand bâtiment ou si le chantier s’éternise.
  • Les ouvertures pour les portes et fenêtres ne doivent pas dépasser 50% de la surface d’un mur.
  • Les bottes doivent être denses, de qualité constante et bien mises en place car ce sont elles (et l’enduit) qui portent les charges et qui assurent la résistance au vent et aux tremblements de terre
  • La conception et construction de maisons en murs porteurs avec étage, avec des petites bottes de paille, n’est (à mon avis) pas conseillée aux débutants.

Littérature conseillée : "Petite Botte de Paille - maisons naturelles : projets et conceptions" Traduction française par Odile Bruder de "Small Strawbale", 212 pages, par Bill Steen, Athena Swentzell Steen et Wayne J. Bingham - Edité par La Maison en Paille & Goutte de Sable, 2007 Disponible sur www.lamaisonenpaille.com et en librairie « Bâtir en Paille - Guide pratique de la construction en bottes de paille, les enduits en terre & chaux » Par André de Bouter - Edité par La Maison en Paille, 2004 - Disponible sur www.lamaisonenpaille.com et en librairie « Construire en Paille Aujourd’hui » Par Astrid & Herbert Gruber - Edité par Terre Vivante, 2003 - www.terrevivante.org

Texte : André de Bouter, La Maison en Paille. Photos : Amazon Nails et Werner Schmidt Article publié dans Habitat Naturel n°16 – septembre octobre 2007 – www.habitatnaturel.fr

Source: NaturaVox